Pourquoi les candidats ne tiennent-ils pas leurs promesses?

Un article de Histoire(s) de notre temps.

Ici se trouve une faiblesse centrale de nos démocraties électives: la différence entre le discours des candidats et leur action une fois élus. Mais en réalité, comme le fait remarquer un article article de la BBC à propos des candidats actuels à la présidence des États-Unis[1], leurs positions peuvent même changer pendant une campagne. Est-ce calcul politique, voire malhonnêteté, ou encore autre chose?

Sommaire

Les quatre faiblesses des politiciens contemporains

En y réfléchissant bien, quatre facteurs, ou faiblesses des politiciens entrent en ligne de compte:

  1. la prééminence excessive des relations publiques sur l’action
  2. la compétence limitée des politiciens,
  3. l’intimidation, et enfin, pour certains,
  4. la faiblesse morale.


La prééminence des relations publiques

En premier lieu, les politiciens modernes sont aujourd’hui soumis à l’opinion publique, j’entends par là le vote des citoyens lors des élections. Après plus de deux siècles (en Occident), ce facteur de la popularité est devenu le point central des préoccupations. Les moeurs politiques ont fini par se focaliser là-dessus, au point que, parfois, la quantité d'effort placée dans le discours est plus importante que dans l’action. Comme disent les Italiens à propos de leurs parlements et de leurs débats télévisés: on discute beaucoup mais on ne fait pas grand chose[1].

Or les idées sont plus légères que les actions; il est donc plus facile de changer de discours si aucune action concrète n’a été engagée… et donc la médiatisation excessive décourage un gouvernement de prendre des actions en profondeur, au profit de “mesures” qui sont purement de relations publiques [1].

La compétence limitée

Les meilleures intentions d’un candidat sont également limitées par sa compétence. Le système politico-économique de nos États occidentaux est excessivement complexe et pénétré d’influences souterraines difficiles à comprendre. Arriver à le faire fonctionner relève soit d’une habileté surhumaine, soit d’un autoritarisme dont personne ne voudrait.

En conséquence, en admettant qu’un candidat à la présidence de la France comme M. Sarkozy ait été pleinement sincère dans ses promesses, ses échecs à les réaliser peuvent être simplement causés par son impuissance à les réaliser et aux erreurs politiques, dans un environnement miné et globalement ingouvernable. Chose sur laquelle on devrait réfléchir avant de juger un candidat/politicien, car il est tout à fait possible que toute autre autre personne serait aujourd’hui dans une situation semblable.

L’intimidation

Parmi ceux qui sont déjà au pouvoir, il y a de ceux prêts à défendre le statu quo par tous les moyens, y-compris par ceux qui sont violents, immoraux ou illégaux. En France, un certain nombre de cliques politiques sont prêtes à recourir à l’attaque personnelle, au chantage, à la calomnie, à la délation, à l’acharnement administratif (notamment au redressement fiscal), voire sur un plan plus large, à l'agitation publique ou la grève, pour défendre leurs positions[1].

Il faut donc un courage surhumain pour ne pas céder aux pressions et à l’intimidation. Il est inutile de se cacher que parmi les élus aux différentes assemblées, un certain nombre sont “mis au pas” très rapidement. En Italie, on a une expression pour eux: il a été rattrapé [1].

La faiblesse morale

Il ne faut pas non plus se cacher qu’un certain nombre de candidats sont plus motivés par le désir d'accéder aux charges que par autre chose. Leurs positions sur les questions politiques en cours dépendent dans ce cas des circonstances : s’ils choisissent une liste d’opposition pour se faire élire, il est naturel qu’ils feront mine de défendre les intérêts de ceux qui font partie de cette opposition, c'est-à-dire les mis-de-côté ou les opprimés. Mais ayant obtenu leur élection, ils monnaieront leur défection auprès du parti (ou de la clique) au pouvoir. Le cas n’est pas si théorique que cela: une petite commune française que j’ai observée a connu cette situation.

Ici, loin d’admirer cette attitude comme l’aurait peut-être fait Machiavel, nous y verrons plutôt l'effet d’une faiblesse de caractère, d’une absence d’épine dorsale. En effet, le stratagème[1] est l’arme des faibles: légitime et admirable lorsque cette faiblesse est une situation de fait (contre un ennemi supérieur en moyens), il suscite le mépris lorsque la faiblesse est intérieure, dans le caractère.

La démocratie menacée par ses dysfonctionnements

En fait, chez les chefs d’État et les parlementaires, on trouvera ces quatre facteurs, combinés à des degrés divers. Car aucun être humain n’est parfait. Ce n’est certes rien de nouveau (car le Sénat romain avait le même problème). Mais que cela ne nous aveugle pas sur le fait qu’à moins que la démocratie n’arrive à résoudre ce dysfonctionnement, elle est condamnée à plus ou moins long terme à mourir et être remplacée par un régime autoritaire.

En effet, il ne se passe pas un jour sans que des membres du pouvoir exécutif exaspérés par leur impuissance nous répètent l’inutilité du pouvoir judiciaire. “La justice est lente et inefficace dans la lutte contre les criminels et les terroristes et elle risque de protéger les suspects, faisons sans elle”![1] Une fois la justice éliminée de la vie du pays, ce sera le tour des parlements. Car qui les protègera? Comme le Sénat Romain mis au pas par les Empereurs de Rome, comme le parlement italien renversé par Mussolini ou celui d’Allemagne par Hitler. Donc cette question devrait préoccuper toute personne intéressée à l’avenir de la liberté et des droits de l’homme.

Le citoyen, fondement de la démocratie

Mais le noeud de la question est que le citoyen [1] est le fondement actif de la démocratie. Il faut abattre ce rêve insensé qu’un homme (ou une femme) providentiel(-le) résoudra quoi que ce soit à cette situation d’ingouvernabilité, sinon il se trouvera fatalement un nouveau dictateur [1] pour nous satisfaire! En démocratie, la croyance en un sauveur est une aliénation, c'est-à-dire un dangereux renoncement aux droits et aux responsabilités d'un citoyen. C'est le pas fatal qui mène à la dictature puis à l'empire.

Cessons donc ces affiches de candidats qui promettent "avec moi le changement" et qui ne servent à rien! Cessons de placer des gens au pouvoir qui échoueront fatalement parce que nous nous attendons d’eux qu’ils fassent tout et nous rien. Car ce n’est pas un messie politique investi d'une mission salvatrice[1] qui rendra les citoyens libres, mais les citoyens eux-mêmes.

Il nous faut (à nous les citoyens), réformer les institutions, abattre la corruption, et surtout nous donner enfin les droits constitutionnels qui sont restés jusqu’ici lettre morte. Collectivement sans doute et par le consensus; mais nous, ce n’est pas il[1], c’est un ensemble de je. Cela commence par les mouvements civiques au niveau de quartier ou au niveau municipal; puis au niveau régional puis national.